Devant la Bourse de New York, le 6 décembre.

42 milliards de dollars et presque autant de questions

Devant la Bourse de New York, le 6 décembre.

Histoire ressassée ad nauseam : en 2007, deux colocataires louent un matelas gonflable dans leur salon de San Francisco pour payer leur loyer d’étudiant. Treize ans plus tard, ils trônent sur un épais matelas de dollars avec couvre-lit de fil doré : leur site Airbnb a bouleversé l’industrie du voyage et le vieux métier d’aubergiste. La start-up californienne anticipe une entrée fracassante à Wall Street, jeudi 10 décembre, quand son cœur de métier, le tourisme, gît au sol.

Airbnb a relevé au dernier moment sa fourchette de prix et vise une valorisation proche de 42 milliards de dollars. Est-ce sa capacité de réaction que les investisseurs s’apprêtent à saluer ? Dès l’émergence de la pandémie aux Etats-Unis, Airbnb a licencié un quart de ses effectifs – 1800 employés –, freiné ses dépenses publicitaires, levé deux milliards de dollars et interrompu ses projets alternatifs – expériences, distribution d’hôtels – pour se recentrer sur la location de courte durée. Mot d’ordre du cofondateur Brian Chesky, resté aux commandes de l’entreprise avec ses deux amis : « On repart comme au début. »

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Le début, c’est l’époque où Airbnb, bousculant l’hôtellerie standardisée ou vieillotte, a offert l’illusion d’être à Rome comme les Romains. En quelques clics et un échange de clés, l’on se distinguait de la masse touristique avec l’avantage appréciable de pouvoir cuire ses pâtes tout seul. Simple d’usage et véhiculant des valeurs en vogue, Airbnb avait supplanté les précurseurs HomeAway, Abritel ou Homelidays. Un âge d’or. Les analystes, prudents, soulignent que la croissance d’Airbnb ralentissait avant la pandémie et que les menaces, où que l’on regarde, s’accumulent.

Dans les documents relatifs à son introduction en Bourse, Airbnb a dévoilé des chiffres attestant de sa résilience en 2020, grâce au trafic domestique américain. Quelle que soit la destination, la location de courte durée a mieux résisté que l’hôtellerie, plus dépendante des voyages d’affaires. La plate-forme continue d’attirer de nouveaux utilisateurs et assure être la mieux placée pour répondre à une révolution du tourisme, vers des séjours plus longs et des frontières brouillées entre travail et voyage.

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Mais Airbnb est aussi largement dépendante du tourisme international et urbain, dont le redémarrage devrait être tardif. Elle est aussi concurrencée depuis peu par les géants de la distribution hôtelière – Expedia et Booking – et admet craindre Google.

Des deux côtés du manche tenu par Airbnb, loueurs et voyageurs, la situation se tend. En s’industrialisant et en favorisant les loueurs professionnels – par son algorithme qui encourage les plus actifs – Airbnb a vu croître ses revenus mais perdu une partie de son charme. Sa promesse d’un logement non-standardisé n’est pas systématiquement tenue. Du côté des quatre millions d’hôtes, le remboursement automatique des voyageurs en mars a abîmé la relation. Une action de groupe a été déposée aux Etats-Unis en novembre. « Nous aurions pu être de meilleures partenaires », a concédé Brian Chesky dans une lettre à ses hôtes. Depuis mars, Airbnb tente de réparer les liens, avec un fonds dédié de 250 millions de dollars.

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