« Comment répondre au besoin fondamental de se loger dignement s’il n’est plus possible de construire en ville ? »

Tribune. Haro sur la densité. Au moment où plusieurs métropoles françaises s’engagent dans la révision de leur plan local d’urbanisme (PLU), la densité est sur le banc des accusés. Encensée il y a encore cinq ans, et présentée alors comme une réponse à l’étalement urbain et à la fragmentation sociale, la densité serait désormais responsable de tous les maux contemporains. Avec la crise sanitaire, elle serait même devenue l’ennemi public numéro un, ressuscitant l’image éculée de la ville mortifère que dénonçaient les hygiénistes il y a près de deux siècles.

On ne compte plus les mises en cause de la densité. Densité serait devenue synonyme de cherté, de conditions de vie dégradées, de ville polluée.

A Paris, ville incontestablement dense et compacte, elle est si décriée que ses contempteurs sont capables dans le même argumentaire de déplorer la fermeture d’une école et le départ de familles – autrement dit, la baisse du nombre d’habitants – et de s’effaroucher d’une densité qui ne cesserait d’augmenter.

Or, il convient de rappeler que l’on calcule la densité en divisant la population par la superficie. Les limites de Paris étant inchangées depuis le 1er janvier 1860, le diviseur est invariablement fixé à 105,4 km: quand la population baisse, la densité l’imite.

Surpeuplement et promiscuité

Plus grave encore, alors que notre société traverse depuis de longs mois une grave crise épidémique, il est de bon ton d’accuser la densité. Les premiers enseignements nous conduisent pourtant à ajouter une nuance importante.

Que nous disent en effet les chercheurs de l’Institut pour la recherche en santé publique (Iresp) qui ont étudié les conséquences des inégalités sociales pendant le premier confinement, dans un numéro spécial de la revue Questions de santé publique publié en octobre 2020 ? Qu’il faut bien distinguer la densité, calculée à l’échelle de la commune, du surpeuplement et de la promiscuité, qui s’envisage à l’échelle du logement (« Les inégalités sociales au temps du Covid-19 », n° 40, octobre 2020).

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Selon que l’on soit riche ou pauvre, l’expérience de la ville dense est diamétralement opposée : tandis que les hauts revenus occupent des « logements plus faiblement peuplés », les personnes « au bas de l’échelle des revenus » habitent des logements plus souvent surpeuplés. Et l’enquête de pointer les « conditions de vie propices à la contamination dans les catégories défavorisées ». Ainsi, c’est moins la densité urbaine que le mal-logement qui serait en cause. Et comme le résument les auteurs de l’enquête : « Aussi convient-il de planter le décor social du confinement. »

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