« Au rythme actuel, la décarbonation des bâtiments pourrait prendre des siècles »

L’objectif de la Commission européenne est de réduire les émissions de gaz à effet de serre des bâtiments en Europe de 60 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 1990. Le bâti produit actuellement environ 36 % des émissions en Europe. Cet objectif reflète la contribution nécessaire du secteur pour nous maintenir dans la limite d’une augmentation de 1,5 degré des températures mondiales.

Cette tâche semble herculéenne : sans un changement radical de la réponse de tous les acteurs du secteur, l’objectif ne sera pas atteint à temps. Une partie de la réduction nécessaire proviendra de la décarbonation du réseau d’approvisionnement en chauffage et de l’utilisation d’énergies renouvelables sur site.

Mais étant donné que 85 % à 95 % des bâtiments existants seront encore là en 2050, les réductions d’émissions les plus significatives devront provenir d’une rénovation en profondeur, c’est-à-dire d’améliorations globales de la structure et des équipements du bâtiment afin d’obtenir une efficacité nettement supérieure.

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Environ 85 % des bâtiments, en Europe, ont été construits avant 2001, de sorte que cet exercice de rénovation sera une entreprise énorme pour l’industrie du bâtiment et pour ses chaînes d’approvisionnement dans les décennies à venir. La décarbonation du chauffage sera réalisée principalement en remplaçant le chauffage aux combustibles fossiles par des pompes à chaleur.

Selon les prévisions, les ventes de pompes à chaleur devraient augmenter de 400 % au cours des trente prochaines années. Les chaînes d’approvisionnement peuvent-elles s’adapter assez rapidement, et disposons-nous des compétences requises ? Pour avoir une idée de l’ampleur du défi, il faut savoir qu’actuellement, seuls 11 % des bâtiments européens sont rénovés chaque année et que seulement 0,2 % de ces rénovations permettent de réduire les émissions de manière significative.

Au rythme actuel, la décarbonation pourrait donc prendre des siècles. Une rénovation permettant de décarboner un bâtiment de manière significative peut entraîner une augmentation des dépenses d’investissement de 10 à 20 % (et parfois plus) par rapport à une rénovation classique.

Un besoin de 275 milliards d’euros chaque année

Certes, les locataires et les investisseurs sont attirés par les actifs rénovés à faible émission carbone car, pour certains bâtiments, la dépense supplémentaire peut être facilement justifiée par le fait que les améliorations généreront une prime et protégeront de l’obsolescence.

Mais il est peu probable que le coût supplémentaire d’une rénovation profonde soit financièrement viable pour un grand nombre de bâtiments, en l’absence de politiques incitatives. La rénovation énergétique des bâtiments est de fait confrontée à un important déficit d’investissement.

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