Comment faire vivre un château en temps de Covid

Comment faire vivre un château en temps de Covid

rix d’un bel appartement parisien, s’installer sur la durée est plus compliqué.

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Dépenses sur la durée

Les prix de l’immobilier parisien continuent de monter, ceux des châteaux sont plutôt stables… ou en baisse (-20 à -25% depuis 2008). “Le prix moyen auquel nous avons vendu un château cette année est inférieur à 800.000 euros”, confirme Olivier de Chabot-Tramecourt, directeur général du groupe Mercure. En témoignent aussi les offres (1.500 châteaux et demeures historiques environ) visibles sur les sites des agences spécialisées. Mais un château, ce sont des dépenses sur la durée. Entretien et réparations font des ravages dans les budgets : jusqu’à 2 millions d’euros pour refaire une toiture, 300 à 500.000 euros pour rénover la plomberie ou l’électricité… Le simple entretien tourne autour de 50 à 80.000 euros par an, estiment les spécialistes. La facture donne le tournis et en décourage plus d’un. Pour faire vivre ces bâtiments, il faut donc apprendre à les exploiter : mariages, stages d’entreprise, maison d’hôtes… Et le Covid-19 est venu compliquer un équilibre déjà fragile.

Le grand exemple, pour tous les châtelains, c’est Villandry. Dès les années 1920, le château a montré qu’on pouvait vivre de son monument, en l’ouvrant au public et en multipliant les innovations. D’autres ont suivi et sont parfois gérés comme de véritables PME, à l’image du château de Menthon, à portée de flèche du lac d’Annecy, qui aura reçu 30.000 visiteurs cette année. Mais les recettes des entrées ne permettent pas de remplacer une toiture. Du coup, beaucoup de châtelains se sont transformés aussi en hôteliers. Dormir dans la chambre où “aurait” séjourné Diane de Poitiers, Henri IV ou Napoléon, quoi de plus grisant ? Beaucoup ont aussi utilisé leur cadre somptueux pour des réceptions. Les sites spécialisés dans la location de salles, comme ChateauStory, ABCSalles, Rêves de Châteaux, proposent chacun 500 à 600 lieux exceptionnels pour des moments qui le sont au moins autant. Et permettent à leurs propriétaires de compléter leur budget. Mais on devrait plutôt dire “ont permis”. Car, avec la pandémie et les confinements, le marché s’est écroulé de 50 à 90%.

“Porter son activité dans le lieu”

“Tous ceux qui avaient des schémas classiques à base de chambres d’hôtes et de réceptions connaissent les mêmes problèmes que les hôteliers et les restaurateurs…”, constate Patrice Besse, à la tête de l’agence du même nom, spécialisée dans les demeures d’exception. “Beaucoup ont fait le plein pendant les grandes vacances, parce que les Français ne partaient pas à l’étranger, mais l’équation reste fragile”, confirme Dominique de la Fouchardière, directeur général de SLA-Verspieren, principal assureur de biens d’exception en France et co-sponsor, avec Patrice Besse, de ce prix du Jeune repreneur de Monument historique. Pour certains, la situation est tellement tendue qu’ils seront sans doute amenés à vendre leur bien. La baisse des recettes face à des charges toujours plus lourdes, c’est une des raisons qui ont poussé les La Rochefoucauld à mettre en vente leur énorme forteresse de Verteuil, propriété de leur famille depuis… mille ans. Quelques mois auparavant, les Luynes, ruinés, avaient vendu leur immense château de Dampierre à Gérard Mulliez, milliardaire de la distribution.

Comment faire vivre un château en temps de Covid 1

Le chateau de Verteuil, qui était resté dans la même famille plus de mille ans, a finalement été mis en vente par les La Rochefoucauld en octobre dernier.

La solution ? “Elle consiste à porter son activité dans le lieu. J’ai vendu une propriété splendide à un jeune couple avec enfants qui ont une maison d’édition dans l’art. Ils s’y sont installés et ça fonctionne très bien. On peut dire qu’ils ont trouvé le mètre carré de bureau sans doute le moins cher de France.” C’est vrai que ces châteaux sont souvent loin des circuits économiques. Et que de la Tour du XIIIe, d’où Jeanne d’arc surveillait les Anglais, il est parfois difficile d’apercevoir les tours de la Défense. Mais la campagne française n’a pas que des zones blanches et de plus en plus d’actifs choisissent de télétravailler loin du stress des villes ou de transporter leur activité à la campagne. Ainsi autour de Paris, l’Oise, la Picardie et la Normandie ont le vent en poupe de même que l’Indre, le Cher et la Nièvre à 2h30 de la capitale. Un propriétaire a ainsi eu l’idée d’aménager son château, proche d’un grand aéroport, pour permettre aux avocats de préparer leurs plaidoiries dans un cadre agréable, entre deux correspondances. “Tout dépend de comment on le fait. Et en plus, on peut faire passer une partie des charges d’entretien sur sa société, tout en défiscalisant son immobilier”, ajoute Patrice Besse.

Activité sur Internet

Julien Ostini n’en est pas encore là. Mais il a su transformer ses vieilles pierres en lieu vivant et même en “tiers-lieu”. En faisant ce qu’il sait faire : organiser des spectacles, des concerts et des activités autour de l’industrie du spectacle. Il a évidemment du rénover une partie des bâtiments : charpente, couverture, boiseries, équipements électriques et sanitaires. Mais il a réussi à faire du château son métier. Comment ? En transformant ce lieu chargé d’histoire en centre de spectacles, avec un théâtre de 300 places, des ateliers de fabrication de costumes, un musée, un espace culturel… Comment financer tout cela ? En créant des spectacles. A la Drac (Direction régionale de l’action culturelle), on a regardé ce couple de Savoyards avec des yeux ronds. Le festival local, largement financé par des subventions publiques, ne draine qu’un gros millier de spectateurs, dont beaucoup ne paient pas leur place, et ces deux hurluberlus espèrent attirer du monde avec des spectacles privés au milieu des champs, et payants en plus ? D’un revers de main, leur projet a été refusé. Finies les subventions… Qu’importe, Julien fait appel à son réseau, crée des associations locales et monte avec elles et avec ses amis, des professionnels de toute l’Europe, de grands spectacles. Carmen, Aïda, le Trouvère, des grands opéras en plein air, dans la cour du château, devant des parterres… pleins à craquer : 400, 600 et même 1.300 spectateurs, deux soirs de suite, pour le Trouvère de Verdi. “80% des spectateurs n’avaient jamais vu un opéra”, se réjouit Julien Ostini. Et avec lui, le petit bourg de Linières connaît les premiers embouteillages de son histoire.

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Au programme, en juillet 2021, du chateau de Linières, en Mayenne, les Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach

En juillet, le Covid a interrompu cette montée en puissance. Mais l’activité de Linières est maintenant passée en partie sur Internet. Le 24 juillet dernier devait être donné son opéra de l’année : Cavaleria Rusticana (1890) écrit par Piétro Mascagni. Toutes les consignes de sécurité avaient été respectées, mais la veille de la première, la préfecture l’a interdit pour cause de coronavirus. Les artistes l’ont quand même interprété, sans public. Il a ensuite été diffusé sur Internet, où il a été suivi par 10.000 personnes : un DVD devrait suivre. L’épidémie a poussé le couple à modifier ses plans. Ils travaillent désormais sur un centre de formation pour les métiers du spectacle, qui permettra de faire travailler ensemble musiciens, comédiens et techniciens de plateau et régisseurs. L’enseignement se fera en grande partie à distance et s’adressera à des artistes dans toute l’Europe. “C’est une formation qui n’existe pas, mais qui est réclamée par les artistes. Le financement ne devrait pas poser problème : ce sont souvent les artistes eux-mêmes qui paient ces master classes. Mais nous sommes aussi en discussions avec l’Afdas [Assurance Formation des Activités du Spectacle, NDLR], qui aidera à compléter leur financement”, précise-t-il. Cela devrait générer plusieurs centaines de milliers d’euros d’activité dès l’an prochain. “Les confinements ont finalement permis de précipiter les décisions, avec toujours le même objectif : faire vivre Linières.”

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