Epargne: comment sortir gagnant de la crise sanitaire

Epargne: comment sortir gagnant de la crise sanitaire

e une période hors norme. La pandémie n’a pas seulement affecté les Français, elle a aussi confiné leur épargne. Ceux qui n’ont pas eu besoin de puiser dans leurs économies ont beaucoup thésaurisé. Et avec ce deuxième confinement, selon notre sondage Odoxa-Aviva-Challenges , deux-tiers des épargnants ont mis de côté. Cette année, l’Insee estime ainsi que les Français vont mettre de côté 20 % de leurs revenus, soit une hausse de 5 points par rapport à une moyenne historique qui est déjà l’une des plus élevées d’Europe, et un record depuis 1978 ! L’institut anticipe que, sur la totalité de 2020, les Français auront épargné 100 milliards d’euros. Le Livret A et son petit frère, le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), enregistrent des versements record, avec une collecte de 32,7 milliards d’euros depuis janvier, malgré leur rémunération anémique : seulement 0,5 % par an. C’est là la deuxième singularité de cette année atypique : malgré un niveau d’épargne record, les ménages français refusent d’investir. D’une part parce qu’ils préfèrent garder cet argent disponible en cas de coup dur, mais également parce qu’ils estiment qu’il est devenu difficile de savoir où orienter intelligemment leurs financements.

“Nous vivons la révolution de l’épargne, avec l’apparition des taux d’intérêt négatifs qui entraînent une absence de rémunération de l’argent sans risque, résume Meyer Azogui, président de Cyrus . Aujourd’hui, pour avoir du rendement, il faut accepter à la fois du risque et une indisponibilité temporaire de son épargne. Il faut aussi accepter de passer plus de temps pour trouver le bon produit.” Par exemple, l’assurance-vie et son célèbre fonds en euros ne séduisent plus. Pour la première fois depuis 2012, le placement préféré des Français (détenu par près d’un ménage sur deux pour un encours de 1.760 milliards d’euros) affiche une décollecte nette de plus de 7 milliards depuis le début de l’année.

Ces retraits inhabituels peuvent s’expliquer par plusieurs éléments. Le premier est l’érosion continue du rendement du fonds en euros. Alors qu’il y a quelques années un bon contrat pouvait rapporter plus de 3 %, son taux moyen est passé sous les 1,4 %, et il devrait se situer entre 1 et 1,1 % en moyenne l’an prochain, plombé par la chute des taux d’intérêt des emprunts d’Etat.

Prise de risque pilotée

Mais ce n’est pas la principale raison de la désaffection, explique Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Epargne : “C’est surtout lié à la prise de risque qu’imposent les assureurs à leurs clients, puisqu’ils conditionnent désormais les versements sur le fonds en euros, garanti, à la souscription d’unités de compte qui, elles, ne le sont pas.” A cela, il faut ajouter le lancement réussi l’an dernier d’un nouveau produit, le Plan épargne retraite (PER), qui a détourné une partie de l’épargne de long terme grâce à sa déduction d’impôt à l’entrée.

Pour stopper cette hémorragie et compenser la baisse de rendement de leurs fonds en euros, les assureurs proposent à leurs clients une nouvelle arme : la gestion pilotée. “Avec deux avantages, explique Gilles Belloir, directeur de Placement-direct : c’est un professionnel qui gère la sélection de fonds et cette gestion sait évoluer dans le temps pour s’adapter au marché.”

Mais l’assurance-vie n’est que la première brique du patrimoine. “La diversification est plus que jamais nécessaire pour réduire le risque global du portefeuille, mais aussi capter tous les potentiels de croissance future, car personne ne sait exactement où elle se situera”, conseille Guillaume Pietruschi, directeur de l’offre au sein de BNP Paribas Banque privée. Et paradoxalement, malgré le confinement, l’immobilier reste un élément très important de la stratégie patrimoniale des Français. En direct ou via des SCPI, qui séduisent de plus en plus, car “même s’il y a des craintes d’impayés et de faillites des entreprises locataires dues au Covid, elles distribuent un rendement régulier (l’an dernier autour de 4,5 %), poursuit Guillaume Pietruschi . Mieux vaut privilégier celles qui ont de grandes entreprises comme locataires, car elles devraient mieux résister à la crise.”

Renouveau boursier

Le coronavirus a aussi touché la Bourse. En mars, les grandes places mondiales ont plongé de plus de 30 % en quelques jours, avant de se reprendre avec vigueur avant l’été. “Cela a été le krach boursier le plus violent mais aussi le plus court de l’histoire, car tous les gouvernements ont immédiatement mis en place des mesures de soutien importantes : plus de 3 000 milliards de dollars, l’équivalent de vingt fois le plan Marshall” , analyse Thomas Friedberger, directeur général de Tikehau IM. Les épargnants ne s’y sont pas trompés : selon une étude de l’Autorité des marchés financiers publiée au printemps, 580 000 investisseurs français ont acheté des actions du SBF 120 au plus fort de la crise pour profiter de la chute des cours. Parmi eux, 150 000 nouveaux actionnaires, qui ont soudain fait rajeunir de quelques année le petit porteur. Une première depuis vingt ans. Mais ce renouveau de la Bourse devra se confirmer ces prochains mois, avec le retour de la volatilité. Si le Nasdaq, l’indice technologique américain, a déjà retrouvé ses niveaux d’avant-crise, le Russell 2000, rassemblant petites et moyennes valeurs américaines, reste en légère baisse. Quant aux indices européens, ils continuent d’afficher des pertes à deux chiffres depuis janvier.

La crise sanitaire a aussi fait naître un engouement pour des actifs négligés : les entreprises non cotées. “La crise a mis fin à la course aux résultats financiers pour se recentrer sur le financement des entreprises”, note Thomas Friedberger. La loi Pacte de 2019 avait déjà voulu flécher l’épargne des Français vers nos PME et ETI en autorisant des fonds de private equity dans les contrats d’assurance-vie et les PER. Mais c’est Bpifrance qui a vraiment mis en lumière cette classe d’actifs : début octobre, la filiale de la Caisse des dépôts a lancé un fonds investi dans 1 500 start-up et PME, majoritairement françaises et non cotées. En échange d’un blocage pendant cinq ans, le fonds (accessible dès 5 000 euros) s’est fixé un objectif de rendement de 5 à 7 % par an.

Arbitrages personnalisés

Face à cette pléthore de produits et de solutions d’investissement, les particuliers doivent prendre le temps de choisir. “Il faut définir ses objectifs pour aboutir à un patrimoine cible personnalisé, en fonction de son patrimoine initial, de son âge et de sa situation familiale, et se donner deux à trois ans pour le mettre en place, en diversifiant au maximum”, détaille Meyer Azogui. Challenges a donc imaginé quatre profils-type et demandé au groupe Anaxago de bâtir pour chacun d’entre eux un patrimoine “Covid-compatible”, de nature à remplir leurs objectifs.


Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne:  “Inquiets, les épargnants préfèrent la liquidité”

“Le premier confinement n’était qu’un incident, le reconfinement pourrait être plus problématique pour l’économie française, car il s’inscrit dans un contexte anxiogène d’une crise sans fin. Face à cela, les épargnants, même les plus aisés, donnent une préférence absolue à la liquidité. Comptes-courants et livrets réglementés atteignent des niveaux record, même si leur rendement est très faible, voire nul. Pour se constituer une épargne de long terme, il faut avoir une vision pérenne sur ses revenus et ses projets. Et ce n’est pas le cas avec cette crise.”

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Hervé Mercier Ythier, président du directoire de Swiss Life Banque Privée: “Privilégier des placements qui ont un impact réel”

“En mars, la demande prioritaire des clients a été de protéger leur épargne, puis très vite de profiter du rebond probable de l’économie. C’est la grande différence avec 2008 : cette fois-ci, ils savaient que le coup d’arrêt de l’économie était volontaire et que ça devrait repartir rapidement ensuite. Dans cette optique, ils préfèrent des investissements plus directs dans des actifs (immobiliers ou financiers) individualisés, ayant un impact réel sur l’économie, plutôt que des solutions standardisées ou packagées, mais aux rendements de plus en plus faibles.”

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(S. d’Halloy/SP)


 

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