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Le pari fou du créateur d’Angry Birds


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Helsinki et Tallinn, les deux grandes villes qui gardent l’entrée du golfe de Finlande, ont beaucoup en commun. Une parenté linguistique entre le finnois et l’estonien. Une histoire marquée par la rivalité séculaire entre deux voisins beaucoup plus puissants et longtemps hégémoniques, la Suède et la Russie, qui a laissé en héritage des milliers d’épaves au fond de la Baltique. Une expertise reconnue en tech, avec les studios de jeux vidéo Rovio et Supercell ou les équipements 5G de Nokia, côté finlandais, et les fières licornes Skype, TransferWise, Taxify (Bolt) et Playtech côté estonien.

Aujourd’hui, pour aller d’une capitale à l’autre, on a le choix entre l’avion et l’hélicoptère d’un côté, ou, plus communément, le ferry – une traversée de deux heures effectuée, l’an dernier, par quelque 11 millions de passagers. Bientôt, on pourra peut-être faire le trajet en train, sous la mer, à travers un tunnel similaire à celui de la Manche, en moins de 30 minutes .

Hub tech et logistique

C’est du moins le projet audacieux que mène depuis maintenant quatre ans un entrepreneur finlandais atypique, infatigable et un brin fantasque, Peter Vesterbacka. Son nom n’est pas connu du grand public en dehors de son pays, mais deux de ses plus beaux enfants le sont : il a cofondé en 2008 l’événement tech Slush, dont l’édition 2019 a attiré 25 000 participants de plus de 100 nationalités, et assuré le succès commercial d’Angry Birds, jeu vidéo phénomène de l’éditeur Rovio, téléchargé plus de 4 milliards de fois.

Il faut compter deux heures pour se rendre d’Helsinki à Tallinn (sur la photo) par le ferry. Le projet de tunnel sous-marin mettrait les deux capitales à moins de 30 minutes de distance.©A. Gandolfi/Parallelozero-REA

Habité par un optimisme à l’égard de la globalisation que la pandémie actuelle ne douche pas, il ambitionne aujourd’hui de creuser, avec des capitaux chinois, un double tunnel relié au réseau Rail Baltica qui traverse les pays baltes, et donc aux chemins de fers européens. Car le projet n’est pas finno-estonien, loin de là : il vise à créer un hub tech et logistique autour du golfe de Finlande, connecté aux nouvelles routes de la soie chères à Pékin. Les marchandises chinoises arriveraient par bateau au nord de la Laponie par la voie maritime arctique et seraient acheminées par train vers le sud – c’est l’idée générale.

Jamais sans son sweat-shirt rouge

Peter Vesterbacka nous a exposé la genèse et la logique de cette entreprise dans un Espresso House (une chaîne de cafés scandinave très « hyggelig ») d’Espoo, la ville voisine d’Helsinki qui abrite l’université Aalto. En ce jour de janvier anormalement doux – les derniers vestiges d’une très fine couche de neige sont en train de fondre – il porte, comme presque toujours, un hoodie rouge, vêtement qui lui assure une allure juvénile bien qu’il soit récemment entré dans la cinquantaine.

Le sweat-shirt à capuche monochrome est devenu au fil des années sa signature : « C’est une façon de se distinguer, d’attirer l’attention. À un événement corporate, combien de personnes portent du rouge ? Lors d’un meeting à Tokyo, c’est mon hoodie qui a capté le regard du Premier ministre Shinzo Abe, nous avons pu échanger, et l’année suivante on ouvrait Slush Tokyo ! » Où l’on comprend que Peter Vesterbacka n’a pas froid aux yeux.

« Cette fois, on va le faire »

Le projet du TallinnTunnel est né en 2016, alors que le pro du marketing venait de quitter la société Rovio. « J’étais à Tallinn à un forum baptisé Latitude59. Au dîner, nous évoquons avec des amis finlandais et estoniens le concept du tunnel, qui est un peu un serpent de mer dans la région, et je me suis dit : ‘Cette fois, on va le faire.’ Je suis allé parler à la ministre des Affaires étrangères estonienne, à sa table, pour le lui annoncer. Elle a commencé à rire. »

Vue du projet, de plus de 100 km soit deux fois plus long que le tunnel Transmanche. Il abriterait deux lignes de trains à grande vitesse, l'une pour le fret, l'autre pour le transport de passagers.

Vue du projet, de plus de 100 km soit deux fois plus long que le tunnel Transmanche. Il abriterait deux lignes de trains à grande vitesse, l’une pour le fret, l’autre pour le transport de passagers.©finestbay area development

Elle n’avait visiblement pas compris à qui elle avait affaire. À peine revenu à Helsinki, Peter Vesterbacka contacte un vieux complice, Kustaa Valtonen, rencontré il y a vingt ans chez Hewlett-Packard. « Ce samedi matin-là, Peter me dit au téléphone : ‘Je sais ce qu’on va faire, on a besoin de 15 milliards d’euros.’ Je lui ai répondu : ‘OK, donne-moi quelques jours’ », raconte en riant l’acolyte au volant de sa BMW, qui nous conduit à Espoo, alors que le soleil d’hiver peine à se hisser au-dessus de l’horizon. Valtonen prend très vite langue avec la Banque européenne d’investissement basée à Luxembourg, qui évoque un financement possible à hauteur de quelques centaines de millions d’euros : « J’étais un peu déçu, je pensais qu’on pourrait y trouver plus d’argent. »

Le TallinnTunnel, projet vert

La construction d’un double tunnel de quelque 100 km de long n’ira pas sans impact majeur sur l’environnement, bien évidemment. Mais les matériaux retirés de l’excavation doivent permettre la création de deux îles artificielles écoresponsables, une côté finlandais, l’autre côté estonien. La première, la plus grande, sans voiture, doit être exemplaire sur le plan de la consommation des ressources : autosuffisante en termes énergétiques grâce aux renouvelables (solaire, géothermie, énergie houlomotrice), voire exportatrice d’électricité, capable de faire pousser des légumes ou d’abriter des fermes piscicoles.

50 millions de passagers

S’ensuit une séquence de recherche documentaire sur la science des tunnels – les deux compères n’ont aucune expérience en la matière. « Des études géologiques, il est ressorti qu’il n’y avait pas de difficulté particulière, notamment du côté finlandais où on creuse dans du granit », explique doctement Kustaa Valtonen, qui assume très bien, dans le duo, d’être l’homme des dossiers juridiques et administratifs, quand son associé élaborela « vision ». Il s’est ensuite agi d’établir un business plan. La réussite suédo-danoise du pont de l’Oresund, entre Copenhague et Malmö, a beaucoup inspiré les deux entrepreneurs. Beaucoup de chômeurs de Malmö, ville relativement défavorisée, ont pu trouver un emploi dans l’opulente capitale danoise, tandis que les Copenhagois ont pu acquérir, côté suédois, des logements plus abordables.

Peter Vesterbacka et son comparse Kustaa Valtonen, à Helsinki le 28 janvier dernier.

Peter Vesterbacka et son comparse Kustaa Valtonen, à Helsinki le 28 janvier dernier.©Maija Astikainen pour Les Echos Week-End

Avec l’aide du cabinet PwC, la paire Vesterbacka-Valtonen assure qu’on peut réussir le même coup entre Helsinki et Tallinn. Les deux fondateurs de la société FinEst Bay Area (une double allusion à la Bay Area autour de San Francisco et au superlatif finest, « le plus sophistiqué ») estiment que leur tunnel peut transporter 50 millions de passagers chaque année et être opérationnel pour Noël 2024. À mesure qu’il avance dans ses démarches, Kustaa Valtonen constate que « le financement à travers l’Union européenne est très bureaucratique et ni la Finlande ni l’Estonie n’ont les moyens de réaliser un tel projet d’infrastructure ». D’où l’appel aux Chinois, Touchstone Capital Partners, CRIG et CREC.

Mis de côté par le Covid-19

Peter Vesterbacka connaît bien l’empire du Milieu, où il se rend – ou du moins se rendait jusqu’à l’épidémie de coronavirus – deux fois par mois environ. Il est désormais, à vie, un client platinum de Finnair. En 2016, il a suivi là-bas des cours intensifs de mandarin. « Je suis parti de presque zéro, et au bout de huit semaines, j’ai pu faire une présentation de sept minutes sur notre projet. » De son propre aveu, il reste peu de choses, aujourd’hui, de cet apprentissage, mais « les Chinois apprécient qu’on fasse l’effort ». Evidemment, les gouvernements finlandais et estonien regardent avec grande circonspection cette immixtion chinoise dans une infrastructure critique. L’Estonie a bien soumis à l’automne dernier un projet de mémorandum à Helsinki, mais sans réponse à l’heure actuelle.

La semaine dernière, Peter Vesterbacka se lamentait que son dossier « soit mis de côté par le Covid-19. Nous étions au Parlement estonien la semaine dernière, je n’avais jamais vu le bâtiment aussi silencieux. »« Le gouvernement finlandais a été très clair sur le fait que 51% de la société devaient rester entre des mains finlandaises », admet Kustaa Valtonen avant d’expliquer le montage juridique qui, selon lui, permet d’y parvenir. Avouons-le, il nous a un peu perdu – à vrai dire, il était un peu confus. Il mène un important travail de pédagogie auprès des députés et des membres du cabinet finlandais, qui vient de changer : « Heureusement, la nouvelle Première ministre était en charge des Transports dans le précédent gouvernement et le ministre des Transports actuel était au Travail, ils sont donc au fait. »

Un pont entre l’Europe et l’Asie

Peter Vesterbacka, lui, s’attarde longuement sur sa défense de la Chine : « L’image très négative de ce pays, c’est aussi à cause de Trump, qui en rajoute. Nous devons avoir une vue plus nuancée. Quand vous vous y rendez, vous n’avez pas le sentiment que les gens y sont opprimés. Il faut aussi faire la différence entre les gouvernements et les citoyens. » En même temps, le serial-entrepreneur reconnaît qu’il est « important de défendre nos valeurs européennes autour des droits de l’homme, des libertés et de la démocratie » – mais sans expliquer comment enjamber le fossé entre ces fondamentaux et la réalité chinoise. Il n’empêche.

Vue d'artiste d'une des deux îles artificielles, en forme de fleur à cinq pétales, prévue pour être éco-responsable.

Vue d’artiste d’une des deux îles artificielles, en forme de fleur à cinq pétales, prévue pour être éco-responsable.©fienstbay area development

Le trublion de la tech, qui a grandi dans la ville moyenne de Pori, sur la côte ouest de la Finlande, dans une famille suédophone (il a également épousé une suédophone, et parle suédois à ses deux adolescents), imagine pour son pays un rôle de pont entre Europe et Asie. « Notre région forme le coeur de l’Eurasie. Grâce à Finnair qui possède des droits de survol avantageux du territoire russe, Pékin est à sept heures d’avion, Delhi à six. Nous, pays nordiques, avons beaucoup à apporter au monde, nous avons les meilleurs systèmes scolaires, le moins de corruption, on nous désigne comme les populations les plus heureuses, il est de notre responsabilité de partager les meilleures pratiques, de ne pas les garder pour nous ». Lui et Kustaa Valtonen nous l’ont dit, séparément, dans les mêmes termes : au final, leur but est « de rendre le monde meilleur ».

Un génie du multitâche

Mike Bradshaw, un Britannique venu s’installer à Helsinki en 2003 pour participer à l’envol de la scène tech locale, confirme leur altruisme. Il qualifie Vesterbacka, qu’il croise régulièrement depuis quinze ans, de « rapide, infatigable, toujours en mouvement », mais surtout de « serviable, généreux ».

Au fil de son parcours, Peter Vesterbacka n’a eu de cesse de mettre en contact des énergies qui pouvaient ensemble créer des choses utiles, sinon grandes. Pia Santavirta, la directrice de l’Association finlandaise de capital-risque, depuis l’incubateur Epicenter où elle a son bureau, tout près de la gare en granit d’Helsinki, une des plus belles d’Europe, nous a confirmé que « Peter a un talent incroyable pour ouvrir les portes, c’est presque de la magie ! »

De fait, même en plein milieu de la conversation, ce go-between de première classe cherche sans effort dans son répertoire de téléphone l’adresse mail, le numéro de mobile du secrétaire d’Etat, du maire, du PDG qui pourra vous aider, tout en continuant à argumenter. « Ce qui est génial, c’est qu’il peut twitter en vous parlant sans que vous ayez l’impression qu’il ne vous écoute plus. Un génie du multitâche », admire Mike Bradshaw.

Stratégie à la « Fight Club »

Après ses études de marketing qu’il ne termina pas à l’université de Turku, l’ancienne capitale de la Finlande, Peter Vesterbacka est entré chez Hewlett-Packard, « la toute première des start-up, fondée dans un garage de Palo Alto en 1939 », dit-il avec fierté. À la toute fin du siècle dernier, alors que la CEO Carly Fiorina tente de rattraper le terrain perdu face à des groupes comme Sun Microsystems, le Finlandais propose un nouveau concept, baptisé « HP Bazaar », qui anticipe le concept de coworking. Des laboratoires où se réunissent des bonnes volontés en vue de développer de nouveaux services de mobilité.

Des compétitions de codage y annoncent ce qu’on appellera plus tard les hackathons. Le Premier ministre singapourien aime l’idée, dont lui parle Fiorina. « J’ai sauté dans un avion et j’en ai monté un là-bas », se souvient avec plaisir le Finlandais. En 2000, il lance une manifestation mensuelle baptisée Mobile Mondays, dans un pub irlandais d’Helsinki où les spécialistes présentent leurs projets. « On a adopté une stratégie à la ‘Fight Club’ pour faire essaimer le concept, à San Francisco, Paris, Londres, Milan. Il y a toujours aujourd’hui des Mobile Mondays à Tokyo et Tel-Aviv. »

« Le plus grand événement start-up »

Ayant acquis au début des années 2000 une belle visibilité sur la scène d’Helsinki, il est invité en 2007 à animer une conférence à l’université Aalto. Après sa présentation devant 600 étudiants, il demande qui a envie de rejoindre une start-up ou d’en monter une. Trois mains se lèvent. « Deux étaient des étrangers, un seul Finlandais », témoigne, encore effondré, l’agitateur tech. « Ils voulaient tous bosser pour Nokia, Finnair, le gouvernement… un désastre complet. J’ai pensé qu’il fallait absolument faire quelque chose pour changer cet état d’esprit. »

L'édition 2019 de Slush, l'événement tech des pays nordiques, lancé en 2008.

L’édition 2019 de Slush, l’événement tech des pays nordiques, lancé en 2008.©Esa-Pekka Mattila

Sa réponse prendra la forme de Slush , comme on dénomme en anglais une couche de neige qui, au-dessus de 0 °C, se transforme en bouillie, typique d’Helsinki au mois de novembre. Pour la première édition, en novembre 2008, la météo fait toutefois un clin d’oeil aux organisateurs en leur envoyant presque un mètre de neige bien consistante – tous les participants arrivent en retard, mais valident le concept. « J’ai alors dit : ‘Ceci sera le plus grand événement start-up sur la planète.’ Les gens étaient sceptiques, mais on en est à 25 000 visiteurs, assistés par 2 500 volontaires. » Où l’on comprend que Peter Vesterbacka n’a pas peur de viser très haut.

« Mighty Eagle », as du marketing

C’est ce qu’il fait de nouveau, aussitôt arrivé chez Rovio, qui avait besoin d’un as du marketing pour accélérer le succès commercial de son 52e jeu, Angry Birds . Il était naturel que les fondateurs de l’éditeur se tournent vers Peter Vesterbacka car il est à l’origine de leur aventure. En 2003, alors qu’ils viennent de remporter une compétition de gaming, il les pousse à fonder leur boîte. En décembre 2009, ils lancent un nouveau produit un peu potache : des cochons verts qui volent des oeufs d’oiseaux… C’est d’abord un beau succès en Finlande, puis en Suède, puis… partout. Peter Vesterbacka accepte de rejoindre la jeune pousse à trois conditions : « Que l’on ne vende pas la société au premier venu, qu’on vise les 100 millions de téléchargements, ce qui n’avait jamais été fait à l’époque, et une valorisation de 1 milliard de dollars. »

Le triomphe du jeu sur mobile Angry Birds a poussé Peter Vesterbacka sur le devant de la scène, comme ici en Pologne pour une conférence InfoShare en 2015.

Le triomphe du jeu sur mobile Angry Birds a poussé Peter Vesterbacka sur le devant de la scène, comme ici en Pologne pour une conférence InfoShare en 2015.©ADAM WARZAWA/EPA/Maxppp

À son arrivée dans la société, il aurait pu endosser le titre de « Chief Marketing Officer », mais s’en invente un plus réjouissant : « Mighty Eagle ». « Il faut quelque chose sur votre carte de visite qui fasse réagir les gens », conseille l’expert ès branding. À sa suite, tous les membres de l’équipe prendront des identités ludiques, et Angry Birds connaîtra un vrai triomphe, atteignant les 100 millions de téléchargements dès mars 2011 . Cette année-là, le magazine Time inclut Peter Vesterbacka dans son classement des 100 personnalités les plus influentes au monde. Comment reçoit-on une consécration pareille ? Assis tout au bord de son fauteuil, l’intéressé hésite à répondre : « C’est génial, c’est un véritable honneur, mais non je n’ai pas ouvert de bouteille de champagne, les choses vont et viennent, après ça on se remet au travail. »

Nobe, son investissement préféré

Peter Vesterbacka a effectué, au fil de ses nombreuses rencontres dans le monde la tech, des dizaines d’investissements. Son préféré à ce jour reste le tout nouveau constructeur automobile estonien Nobe, un adjectif qui signifie « rapide, agile ». Une équipe d’anciens de l’université de technologie de Tallinn a monté ce projet de véhicule électrique à trois roues rétrofuturiste (photo) via une plate-forme de financement participatif. Le premier modèle doit pouvoir atteindre la vitesse de 110 km/h, il coûtera 30 000 euros – le charme a un prix. Roman Muljar, le patron, n’est pas un ingénieur mais un ancien professeur de russe. Il s’est associé à Meelis Merilo, ingénieur qui s’est dirigé vers l’automobile en convertissant lui-même une vieille GAZ soviétique en véhicule électrique.

« L’argent n’a jamais été un moteur »

Sa modestie ne semble pas feinte. Quand on lui fait remarquer qu’un étudiant, à une table voisine, arbore un t-shirt gris barré d’un « Slush » en lettres italiques, ce qui est une autre forme de reconnaissance, l’entrepreneur minimise : « Oui, les choses suivent leur cours. Il faut bien comprendre qu’au coeur de la finattitude [le concept de finnishness, NDLR], il y a un égalitarisme poussé à l’extrême. Je ne mets personne sur un piédestal. »

En septembre 2017, Rovio s’introduit en Bourse et atteint une capitalisation de 1 milliard d’euros. Peter Vesterbacka, qui avait quitté Rovio dès 2016 avec des actions représentant 4% du capital, se retrouve donc à la tête d’un patrimoine potentiel de 40 millions d’euros. Il vend la moitié de ses titres, ce qui lui permet d’encaisser quelque 20 millions d’euros. « L’argent n’a jamais été un moteur, en vérité je m’en fiche », indique-t-il, tout en reconnaissant que ce matelas lui offre la latitude de se consacrer à de grands projets de long terme comme le tunnel. Ou, ce qui lui tient encore plus à coeur, l’éducation.

Un outil pour attirer les talents

Peter Vesterbacka conseille en effet un mouvement baptisé Edunation, qui vise à faire étudier de nombreux étrangers, asiatiques notamment, en Finlande. Le jour de notre rencontre, il s’est levé à 5 h 45 (il n’a besoin que de cinq à six heures de sommeil par nuit) pour convaincre le maire de Solo, jumelée avec… Wuhan, de faire étudier dans sa ville des milliers d’étudiants étrangers. Kustaa Valtonen, également impliqué, envisage d’attirer « 150 000 étudiants en Finlande, en provenance d’Inde, du Vietnam, de Chine, car nous faisons face à un rapide vieillissement de la population ». Peter Vesterbacka, la semaine dernière, reconnaissait que « plus longtemps les frontières resteront fermées, plus ce sera difficile ».

Raison de plus pour pousser les feux sur le tunnel, « un outil pour attirer plus de talents, créer un centre de gravité pour toute la région baltique, de Stockholm à Saint-Pétersbourg », résume son promoteur. Verra-t-il le jour ? L’affaire semble compliquée, et la date de 2024 très, trop, optimiste. Mais Pia Santavirta a une certitude : « S’il y a une personne qui peut y arriver, c’est Peter. »

La Finlande, nation modèle

Peter Vesterbacka ne manque pas jamais de souligner les performances de son pays, dont il souhaite faire profiter le reste du monde :

2e au classement 2019 de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse, après la Norvège.

7e en lecture au classement Pisa 2018 de l’OCDE qui mesure les performances des lycéens de 15 ans.

13e pays le moins inégalitaire au monde selon l’index Gini 2020.

Nation la plus heureuse du monde, selon le World Happiness Report des Nations unies 2019.

12e indice de développement humain dans le rapport 2019 du programme de développement des Nations unies.


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