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Marché de l’art : les leçons des crises précédentes


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La crise mondiale qui atteint le marché de l’art comme l’ensemble de l’économie revêt un caractère unique et sans précédent. Même si le monde du business de l’art a une fâcheuse tendance à se montrer amnésique, des professionnels avertis se souviennent des crises précédentes. Leur évocation permet de tirer des leçons utiles pour les prochains épisodes de la complexe relation entre art et argent dans un monde tourmenté.

1964 : des prix divisés par 10

Alain Tarica fait partie des « autorités » du marché de l’art. Ce marchand privé, qui a constitué les collections de Pierre Bergé et Yves Saint Laurent ou de Liliane Bettencourt, se souvient de ce qui se passait dans l’art cette année-là : « Le krach financier a été suivi d’un crash dans le domaine des tableaux. Les premiers artistes touchés furent ceux qui étaient alors particulièrement à la mode : l’Ecole de Paris avec Pierre Soulages ou Hans Hartung. Ce dernier enregistrait alors des records pour ses oeuvres des années 1950. En quelques mois ses prix ont été divisés par 10. La même année en décembre, à la Biennale de Venise l’Américain Robert Rauschenberg [il réalisait alors ses remarquables « Combine paintings » faits d’un assemblage de peinture et d’objets, NDLR] reçut le Lion d’or. Dès lors tous les Américains délaissèrent l’art français contemporain pour se tourner vers la création de leur pays. » Ce fut un tournant majeur dans l’importance accordée à la création américaine. New York devenait l’épicentre mondial de l’art en train de se faire.

1974 : effondrement de toutes les valeurs

« La crise du pétrole de 1974 a eu pour conséquence un effondrement de toutes les valeurs dans l’art, y compris des valeurs sûres. Je me souviens d’une peinture du surréaliste Yves Tanguy vendue juste avant 1974 pour 400.000 dollars et revendue environ trois ans plus tard pour 150.000 dollars à peine » explique Alain Tarica. Philippe Garner, acteur majeur du marché de la photo et des arts décoratifs du XXe siècle depuis 1971, aujourd’hui consultant pour Christie’s nuance cependant : « Les ventes aux enchères étaient alors considérées comme un marché de gros. Elles fonctionnaient quasi exclusivement grâce aux marchands. »

1987 : les débuts de la déprime

Le 19 octobre 1987 est connu sous le nom de « Black Monday » avec une baisse record du Dow Jones à New York. Moins d’un mois plus tard Sotheby’s proposait à la vente « Les Iris » de Van Gogh, un des tableaux mythiques de l’artiste hollandais qui avait longtemps appartenu à l’écrivain Octave Mirbeau. « C’est l’homme d’affaires australien Alan Bond qui l’a acheté pour 53,9 millions de dollars, mais il n’a pas été en mesure de le payer. Il était en faillite », se remémore l’une des sommités du marché de l’art moderne, le marchand de New York, David Nash, qui a travaillé entre 1961 et 1996 pour Sotheby’s. « Je l’ai revendu pour à peu près l’équivalent au musée Getty de Los Angeles. La transaction consistait en une somme d’argent complétée par la vente de tableaux, propriété du musée. »

1990 : changement de paradigme

« Du jour au lendemain, les Japonais qui dominaient le marché impressionniste et moderne se sont complètement retirés. La situation a été aggravée par la guerre du Golfe en 1991. En mai 1990, j’organisais une vente impressionniste et moderne estimée 350 millions de dollars. L’année suivante j’étais seulement en mesure de proposer une vente estimée 35 millions de dollars. C’est seulement en 1994 que le marché a retrouvé une vitesse de croisière. Au même moment, l’art contemporain, produit après les années 1940 a commencé à prendre un ascendant en termes d’offre sur les arts impressionniste et moderne dont les oeuvres de grande qualité commençaient à se raréfier », observe David Nash. Pour Philippe Garner « dans certains domaines comme la verrerie Art nouveau, la cote n’a jamais plus atteint les prix des années 1980. Les Japonais étaient ceux qui faisaient le marché ». Alain Tarica remarque encore : « Les tableaux de Leonard Foujita mais aussi ceux de Vlaminck ou les oeuvres tardives de Renoir ont vu leur cote tomber de manière vertigineuse. »

2008 : le paradoxe des ventes exceptionnelles

Le 15 septembre 2008 la banque américaine Lehman Brothers se déclare en faillite. « Ce jour-là le Metropolitan inaugurait une exposition consacrée au peintre moderne italien, Giorgio Morandi, dans… l’aile Lehman du musée new-yorkais. Deux membres de la famille des banquiers au moins étaient présents, mais ça n’était pas d’eux dont on parlait. Car à Londres, le même jour Damien Hirst avait vendu pour 200 millions de dollars d’oeuvres d’art fabriquées récemment dans ses ateliers par 70 personnes. Le contraste avec Morandi était saisissant », explique David Nash, qui ajoute « cette année-là Sotheby’s et Christie’s, qui avaient accordé des garanties (1), ont perdu beaucoup d’argent. Ils ont arrêté ce procédé mais seulement pendant un an ».

Alain Tarica raconte qu’« au plus fort de la crise de 2008 c’est Pierre Bergé qui a insisté, contre l’avis de Christie’s pour que la vente Bergé Saint Laurent se tienne en 2009. Tout le marché était alors à l’arrêt. Et c’est cette vente qui a redonné confiance aux acteurs du domaine ». Elle a rapporté 374 millions d’euros, record absolu de l’époque pour la cession d’une collection.

C’est justement en 2008 que Daniel Balice a fondé avec son associé Alexander Hertling la galerie Balice-Hertling aujourd’hui très influente, consacrée aux jeunes artistes, à l’époque dans un lieu alternatif de Belleville. « Le marché était atone. Tout le monde était ouvert à des travaux plus expérimentaux et rien ne se passait dans ce genre à Paris. On a tout de suite été sélectionné pour participer à la foire Art Basel. Nos premières expositions étaient ‘sold-out’ [toutes les oeuvres vendues dès le début de l’exposition, NDLR]. »

2020 : les chasseurs à l’affût

Pour Alain Tarica « le marché de l’art ne va pas disparaître mais il va s’adapter avec de nouveaux prix. Les grands rescapés seront les plus grandes signatures des meilleures périodes. Prenez Chagall : en dehors de sa période russe [jusqu’au début des années 1920, NDLR], il a beaucoup produit de choses très médiocres dont la valeur est immanquablement amenée à chuter ».

David Nash estime qu’il « est difficile d’évaluer le temps nécessaire pour que le marché de l’art se redresse. Il est clair cependant qu’il existe encore beaucoup de liquidités disponibles et un goût certain pour l’art. Les chasseurs de bonnes affaires sont déjà à l’affût ».

Pour Philippe Garner, « le principe de fonctionnement des maisons de ventes consiste à s’adapter en permanence y compris en temps de crise en modérant les attentes des vendeurs et en établissant des estimations raisonnables ».

Enfin pour Daniel Balice, jusque-là « les prix pratiqués pour les jeunes artistes des grandes galeries étaient prohibitifs. Ils dépassaient couramment les 50.000 euros. Nous allons assister à des pratiques plus modestes. Il y aura moins d’intérêts financiers en jeux. (Les tarifs pour les artistes de notre galerie vont en moyenne de 3.000 à 15.000 euros). Aujourd’hui je m’inquiète surtout pour les artistes qui vont être dans des situations économiques dramatiques. Et sans eux, le marché de l’art n’existe pas ».

(1) Somme garantie à l’acheteur par la maison de ventes ou une tierce personne avec son accord quel que soit le succès de l’oeuvre au moment des enchères.


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