Les prix doux de la Biennale Paris hébergée par Christie's

Les prix doux de la Biennale Paris hébergée par Christie’s

Les prix doux de la Biennale Paris hébergée par Christie's 1

Publié le 17 sept. 2020 à 15:42

Rien ne va plus dans le marché de l’art. Les grandes règles de fonctionnement qui le conduisaient sont remises en question par la crise du Covid. Ainsi, de tout temps, les marchands, les galeristes, les antiquaires étaient considérés comme des opérateurs antagonistes des maisons de vente, se partageant la même part du gâteau, avec des méthodes différentes. Les premiers, localisés dans des lieux précis, se regroupaient ponctuellement dans des foires et montraient des oeuvres proposées à des prix fixes. Evidemment le client potentiel pouvait obtenir une petite réduction, mais par principe modeste.

Quant aux commissaires-priseurs et aux maisons de vente – les leaders Sotheby’s et Christie’s exerçant globalement – , ils peuvent se prévaloir d’un fichier de collectionneurs pléthorique, qui leur permet d’afficher un prix d’estimation souvent relativement bas, conçu pour attirer les acquéreurs potentiels. Si la stratégie fonctionne bien, la loi de l’offre et de la demande permet que les valeurs aillent à la hausse, les tarifs pouvant même atteindre des prix astronomiques. Mais aujourd’hui, sur toute la planète, les restrictions de voyages entraînent l’annulation des foires qui ne sont pas locales, jusqu’au début de 2021, comme c’est le cas à Paris de la Fiac, qui devait se tenir en octobre.

C’est dans ce contexte que, par exemple, Sotheby’s a créé au printemps Sotheby’s Gallery Network, une plateforme pour accueillir des oeuvres en provenance de galeries d’art moderne et contemporain, cédées dans le cadre de transactions privées. Sotheby’s se rémunère en touchant un pourcentage sur les transactions.

Cette fois c’est le tour de Christie’s, qui accueille du 24 septembre au 8 octobre, une vente aux enchères sur le Net, consacrée à la foire d’antiquités Biennale Paris. La manifestation, ex-fameuse Biennale des antiquaires, qui se tient de longue date sous la nef du Grand Palais, au début du mois de septembre, a grandement perdu de sa qualité, dépassée, entre autres, par la Tefaf de Maastricht. Cependant, depuis quelques mois, elle est dirigée par le marchand de tableaux anciens installé à Genève, Georges de Jonckheere, qui cherche à lui donner une nouvelle impulsion. Il raconte ainsi être entré en discussion avec le patron de Christie’s, Guillaume Cerutti, pendant le confinement. « J’ai parlé comme je ne l’aurais pas fait il y a deux ou trois ans. J’ai proposé une collaboration entre nos deux structures. Les maisons de vente ont une force de frappe à laquelle nous, les antiquaires, ne pouvons pas prétendre. On parle d’un fichier de 300.000 clients. En outre, on peut penser qu’environ 50 % des acheteurs voient les oeuvres qu’ils achètent seulement sur Internet. Christie’s est une société française qui connaît l’importance de la Biennale pour la situation parisienne. »

Les oeuvres visibles dans les galeries

De la discussion entre Christie’s et le président de la Biennale Paris est sortie une formule hybride : 91 oeuvres, de l’antiquité à l’art actuel, sont proposées, principalement par des marchands français, et sont visibles « en vrai » dans les galeries concernées à travers toute la ville.

42 marchands ont joué le jeu, soit à peine la moitié du nombre ordinaire de participants. Car le problème principal de l’opération tenait, pour les vendeurs-marchands à accepter des tarifs d’estimation bien inférieurs à ceux qu’ils pratiquent à la vente dans leurs espaces. Pierre Etienne, qui est un des experts de Christie’s qui ont coordonné cette opération, explique : « Nous avons eu un temps très court pour mettre en place cette vente, à partir de fin mai. Le problème consistait à trouver des objets qui pourraient avoir un caractère événementiel dans une vente publique, et non plus dans un lieu comme le Grand Palais. Le prix d’estimation était la pierre d’achoppement pour la participation de certains professionnels. Il est arrivé qu’ils préconisent une estimation deux fois supérieure à celle que nous annoncions. Dans ce cas, nous devions renoncer à ces pièces. Ceci explique d’ailleurs que la participation à la vente soit limitée à 42 marchands. »

Un Marguerite Gérard à 250.000 euros

Pierre Etienne souligne l’intérêt de plusieurs lots comme un tableau de Marguerite Gérard (1761-1837) représentant une scène de genre d’une fille et son père dans un salon cossu. Proposé par la galerie Alexis Bordes, il est estimé 250.000 euros. Dans la grande vague actuelle de redécouverte des peintres femmes, celle qui fut la belle-soeur de Fragonard et son élève aussi commence à trouver une certaine postérité. Ainsi en décembre 2019 chez Sotheby’s à Paris, le Louvre a fait l’acquisition pour 1.032.500 euros de « L’Elève intéressante », la première peinture de cette dernière à entrer dans les collections du musée. « Marguerite Gérard, longtemps sous la coupe de Fragonard, est dans l’air du temps et son catalogue raisonné, rédigé par Carole Blumenfled, a aidé son marché à éclore. »

Dans le même esprit, l’expert de Christie’s cite aussi une nature morte de Louyse Moillon (1610-1696). Elle est considérée comme le grand précurseur de la nature morte dans l’art français. Une nature morte au panier de fruits et à la botte d’asperges est proposée par Eric Coatalem avec une estimation de 180.000 euros. « J’ai tout simplement accepté l’estimation qui m’était proposée », raconte Georges de Jonckheere, en citant un tableau de Pieter Brueghel le Jeune (1564-1638) représentant la moisson des blés, estimé 400.000 euros. Il observe : « Après un ralentissement d’une dizaine d’années, depuis deux ans le marché des tableaux anciens est de nouveau actif avec de nouveaux acheteurs chinois ou d’Amérique latine qui se montrent particulièrement actifs aux enchères. »

Une table Perriand à 40.000 euros

François Laffanour, propriétaire de la galerie Dowtown, spécialiste du mobilier d’architecte de Jean Prouvé et Charlotte Perriand, se félicite de cette opération sur le Net, à forte visibilité internationale. « Nous devons reconnaître que nous sommes codépendants des maisons de vente. Pendant le confinement, dans mon domaine, certaines pièces ont vu leurs prix multipliés par deux et trois aux enchères. Dans les crises précédentes, comme en 1990, j’avais déjà noté que les prix dans le design se maintenaient globalement. » Au catalogue Christie’s, il propose, entre autres, une grande table en frêne signée Charlotte Perriand en 1972, estimée 40.000 euros. Perriand a été l’objet d’une grande exposition à la fondation Vuitton jusqu’en février 2020. Une actualité muséale qui ne manque pas de valoriser sa cote.

A la Biennale Paris abritée par Christie’s, le prix moyen d’estimation est de 80.000 euros, soit un tarif très sensiblement inférieur à ce qui s’est toujours pratiqué au Grand Palais.

www.christies.com

[ad2]

Source

L’immobilier recrute ! Devenez négociateur immobilier ou partager l’info…